D'abord, disons-le franchement, en vrai citadin, l'intérêt de s'enterrer dans un trou lointain / perdu, pour : s'y ressourcer / retrouver son vrai moi / communier avec la nature / y rencontrer des gens authentiques - rayer les mentions inutiles - m'échappe à peu près complètement. Peut-être qu'en esprit cartésien, je trouve que ça ne méritait pas l'inconfort d'une tourista aigüe, et qu'il existait des alternatives d'épanouissement plus efficaces et moins saisonnières. Mais laissons-cela de côté, et imaginons, juste un peu comme ça pour rire, que vous ayez une vraie vie. Avec, par exemple, une famille. Et que vous souhaitiez profiter de cette période de vacances pour consacrer aux gens que vous aimez un peu de votre temps : le Blackberry est votre meilleur allié. (Le Blackberry, ou n'importe quel terminal push mail, ne soyons pa sectaire).

Le Blackberry est votre meilleur allié, parce que sinon, vous ne partez pas. Vous repoussez d'un jour ou deux votre départ, le temps de régler cette affaire urgente, de finaliser ce contrat, de vous assurer que tout va bien se passer pendant votre absence. Et comme en règle générale on n'est jamais mieux servi que par soi même, vous vous rendez bien compte que pour faire les choses bien, vous seriez obligé de vous investir même dans votre absence ! Là, deux solutions.

  • La première consiste à dire, déez-vous, vous êtes majeurs. Objectivement, c'est une assez bonne solution dans la mesure où, d'une part, c'est la seule vraiment efficace pour faire en sorte qu'on ne vous pende pas au basque, sous la forme de coups de fils panique ne tenant pas compte du décalage horaire pour vous demander où vous avez rangé les contrats pour M. de Mesmaeker. Rognitudju. Mais vous aimez le risque, car deux mois plus tard, vous saurez que : vos collaborateurs sont vraiment formidables - ils ont fait un boulot extra quand vous n'étiez pas là / vraiment des ectoplasmes, ils sont au chômage technique depuis 15 jours parce qu'une question s'est posé à laquelle personne n'avait autorité pour répondre sauf vous.
  • La seconde consiste à dire que vous êtes confiant mais prudents, et qu'on pourra vous joindre par mail en cas d'urgence, puisque vous partez en vacances avec votre Blackberry. Là, vous activez votre message d'absence, et vous réglez les profils pour que la Bête ne bipe qu'à la réception des messages urgents. Là, vous avez le beurre et l'argent du beurre. La tranquillité téléphonique et d'esprit. Alors, bien sûr, si vous êtes responsable d'une compagnie aérienne et qu'un de vos avions se crashe, vos enfants vont bouder parce que vous avez quitté la table de monopoly toutes les cinq minutes pour téléphoner. Mais sans Blackberry, vous étiez obligé de rentrer carrément. Tandis que là, il vous reste une chance de pouvoir terminer la partie en tombant sur les l'hôtel que votre petit dernier a malicieusement déployé Rue de la Paix.

Si j'éprouvais le besoin de vous dire tout cela, c'est d'abord parce que mon propre Blackberry m'a été fort utile ces derniers jours, alors qu'une urgence familiale m'avait amené dans des endroits qu'on qualifiera charitablement de peu accessibles aux infrastructures télécom. Et que même si certaines entreprises abusent très certainement des outils télécoms qu'elle mettent à disposition de leurs salariés, c'est quand même pas mal, pour un patron de PME, de pouvoir partir à l'autre bout de la France sans devoir pour autant mettre toute son activité en danger.