« J’ai signé des accords de confidentialité avec la moitié de la planète ! »
Par CH, lundi 9 octobre 2006 à 15:25 :: GPS :: #100 :: rss
Armand Lefebvre, directeur commercial en France de WayFinder, est pressé de toutes parts. Opérateurs, constructeurs de téléphones mobiles, développeurs, clients particuliers et professionnels, la technologie de la société suédoise spécialisée dans les solutions GPS pour smartphones que nous évoquions il y a peu, intéresse beaucoup d’acteurs dans le monde de la mobilité, de l’amont à l’aval de l’industrie.
Il a eu la gentillesse de nous recevoir pour évoquer ces opportunités.
Interview.
Parlez nous un peu de vous, comment êtes vous arrivé chez Wayfinder et qu’y faites vous ?
J’ai 36 ans, je travaille depuis plus de 10 ans dans le monde des NTIC, j’ai travaillé notamment chez Xerox et Kodak sur l’électronique le pour grand public et l’entreprise. J’ai aussi travaillé chez Parrot comme responsable commercial opérateurs télécoms Europe.
Puis je suis venu de manière naturelle chez Wayfinder qui est plus au cœur de l activité des opérateurs télécoms. J’ai intégré Wayfinder le premier Mars 2006, ce qui traduit aussi un changement stratégie chez WF qui avait jusqu’à l’année dernière une forte présence en Scandinavie et maintenait un réseau d’agents en Europe, depuis WF est entré en bourse en Suède ce qui lui permet de passer à la vitesse supérieure et de mettre en place des équipes à travers l’Europe, avec un pôle important en France qui couvre tout l’Ouest Européen. Nous sommes en train de monter une business unit en France où je suis en charge de la France et de Benelux, mais qui s’occupe aussi de l’UK de l’Italie l’Espagne le Portugal.
C’est assez peu commun dans le monde des NTIC de se baser en France, plutôt qu’au Benelux notamment, pourquoi ce choix ?
C’est déjà une question d’hommes. Bernard Patry est Français, qui est président de cette zone, Magnus Nillson PDG de WF parle Français et connaît bien la France. La France est bien placée pour installer un siège, et les barrières sont surtout psychologiques. WF est implanté en France depuis 2001 à travers ses agents. Mais ce n’est qu’à partir de cette année que nous commençons notre essor sur ce marché, suite à des investissements conséquents. Par ailleurs je pense que le marché lui-même est désormais plus mûr pour nos solutions.
« La France est bien placée pour installer un siège, les barrières sont surtout psychologiques »
Quelles sont les fonctionnalités qui font la différence pour le produit Wayfinder ?
WF Navigator est un système de navigation offboard, la cartographie est sur le serveur en Suède, il fonctionne avec une application très légère sui va chercher soit des informations soit des images pour afficher les cartes. Avantages de cette structure : l’utilisateur ne dépend pas d’un type de carte mémoire, l’installation peut se faire par SMS ou par navigation internet, ainsi nous sommes compatibles avec plus de 120 smartphones dont le Blackberry qui n’a pas de port carte mémoire. La seule contrainte technique, c’est la présence d’une connexion Bluetooth avec un profil adapté, sinon, notre solution est compatible tous OS Symbian. WF est à l’origine une division d’Ericsson, qui participe au consortium Bluetooth, il y a donc encore de fortes synergies. Et puis c’est culturel, pour les Suédois, quand on parle d’OS, on parle d’abord de Symbian avant même de penser à Windows. Aussi compatible Windows Pocket PC et Java. Nos concurrents sont soit compatibles Java soit Symbian, avec une couche logicielle qui permet l’utilisation sur l’autre plateforme, alors que nous sommes les seuls à avoir développé directement sur les deux OS un programme dédié.
« Nous sommes partenaires stratégiques au niveau mondial avec RIM et travaillons vraiment la main dans la main avec eux »
Vous n’êtes pas très nombreux à développer sur BlackBerry ?
Oui il y a peu de concurrents, nous avons été parmi les premiers mais désormais les entreprises s’y intéressent. Or nous sommes partenaires stratégiques au niveau mondial avec RIM et travaillons vraiment la main dans la main avec eux. Nous faisons de plus en plus d’opérations communes, comme lorsque nous avons communiqué ensemble lors du mobile data tour SFR Juin 2006.
Vous avez choisi de ne pas développer sur Palm OS, avez-vous des doutes sur la survie de l’OS ?
Je n’irai pas jusque là mais c’est simplement un choix commercial, avec les moyens que nous avons à notre disposition, nous nous sommes focalisés sur Blackberry. Dans des sociétés comme la nôtre la valeur la plus importante est le temps. RIM a fait des efforts pour ouvrir leur plateforme aux développeurs tiers. Par ailleurs notre logique est en symbiose avec celle des solutions Blackberry : le terminal va chercher des informations sur un serveur et nous nous adressons à des clients pour qui avoir un abonnement data est un choix évident, alors qu’il y a encore un travail d’évangélisation à faire auprès de la clientèle qui n’a pas été sensibilisée au Blackberry.
Quelle est la consommation data de la solution ?
Nous fonctionnons avec de la data, pas du wap. La vitesse de connexion n’est pas primordiale, le système fonctionne très bien avec le GPRS. A vrai dire, le fait qu’une solution nomade ait besoin de l’UMTS pour fonctionner est une tragédie. Le serveur est appelé lorsque vous cherchez une adresse ou un itinéraire, et envoie les informations en une seule fois. Ensuite, l’image des cartes sont téléchargées régulièrement depuis la mémoire cache de notre serveur. Le zoom est automatique et change selon la vitesse, mais en fonction du besoin de chargement on doit avoir besoin d’une connexion environ toutes les une à deux minutes. La consommation constatée sur 100 000 utilisateurs varie entre un et deux MO par mois. Notre clientèle est à majorité professionnelle, commerciaux, médecins, infirmiers.
Les compagnies de taxi peuvent être intéressées ?
Pour nous, la cible est d’équiper la personne et non pas le véhicule, donc les professionnels qui ont besoin de sortir du véhicule seront plus intéressés par WF. Je connais des gens qui l’utilisent pour retrouver leur véhicule après avoir enregistré leur emplacement. Le logiciel existe en 13 langues. Les opérateurs Français brident leur accès internet, leur politique commerciale est très difficilement lisible, notamment sur les connexions data.
Quels ports utilisez vous pour les connexions ?
On passe sur tous les ports sauf le wap. Clientèle 7 000 000 à 9 000 000 de lignes professionnelles, avec des difficultés pour déterminer le caractère « professionnel » des lignes.
Vous avez sorti beaucoup de packs téléphone-GPS-WF-Forfait data opérateur dans le monde l’année dernière, quand allez vous retenter l’expérience ?
Nous sommes en discussions avec beaucoup d’opérateurs, sur le point de signer des accords avec 12 d’entre eux. J’ai signé des accords de confidentialité avec la moitié de la planète ! Donc c’est difficile pour moi de vous en parler. Notre système offboard nécessite une collaboration très étroite avec l’opérateur, pour éviter par exemple que l’opérateur change les règles du jeu par rapport à l’offre data, et pour faire en sorte que le support hotline soit formé à répondre aux questions sur notre solutions. Le client final n’aime pas l’incertitude et la formule tout en un le rassure. Par la collaboration avec les opérateurs, nous pouvons dire au client, « notre solution vous coûtera 5 euros par mois », ce qui lui paraîtra beaucoup plus lisible que « un a deux mégas sur un forfait data ».
« On appelle ça maîtriser la value chain de A à Z ! »
Ainsi vous maîtrisez toutes la chaîne de partenariats du logiciel Symbian au Terminal Blackberry en passant par l’opérateur ?
Oui, en termes pompeux de MBA on appelle ça maîtriser la value chain de A à Z !
Une de vos collègues de chez Nokia m’a parlé de la possible sortie d’un pack avec le E 61 sur lequel votre système marche très bien, pouvez vous confirmer ?
C’est difficile de commenter ! Tout ce que je peux dire c est que vous aurez des nouvelles très prochainement …
Ces stratégies rentrent-elles dans les problématiques de différenciation, ainsi après l’apparition de la différenciation avec le matériel vendu en OEM par les opérateurs, comme les SPV Orange, assiste t’on au début de la customisation logicielle ?
Il va se passer quelque chose au niveau des offres de fin de l’année. Le logiciel est effectivement un élément très différenciant pour les opérateurs, mais l’économie dépend surtout du volume , pour permettre de répartir les frais de recherche et de distribution. Je suis convaincu que ce business model à la Bill Gates, qui voulait vendre son logiciel dans tous les ordinateurs, à faible coût plutôt que de le vendre dans les rayons de supermarché, est très intéressante pour l’avenir. Le besoin de navigation reste universel.
La fonctionnalité GPS ne représente pas un marché unifié au niveau universel, avec des Européens qui privilégient le GPS embarqué et des Américains et Asiatiques qui privilégient le téléphone GPS. Pourquoi ces différences ?
Aux US la prédominance des BB et Palm a aidé à cette domination, en Asie ils sont toujours en avance sur la marché de la téléphonie. La difficulté au niveau des téléphones à récepteur GPS tient à l’autonomie, il y a des contraintes techniques fortes qui sont repoussées de mois en mois. Les PND ont vraiment ouvert la voie du GPS, on peut remercier TomTom. Ils restent un concurrent, mais il y a de la place pour plusieurs acteurs.
Vous ne proposez qu’un seul modèle de GPS ?
Oui, on le propose en pack, mais ce n’est qu’un accessoire pour permettre au client d’avoir une solution performante et moderne à coût réduit, nous le faisons pour rendre service au client et nous ne voulons absolument pas fermer notre système à un seul type de GPS.
Il y a aujourd’hui deux ou trois réseaux de fonds de cartes, c’est un marché très oligopolistique.
Nous marchons avec le Belge Téléatlas, comme TomTom, Navtech est le principal concurrent.
Ces fonds de carte sont en perpétuelle évolution, quels sont les développement de la couverture attendus, dont WF pourra bénéficier ?
Peut être deux ou trois pays de plus dans les prochains mois car la plupart des zones intéressant la commercialisation du produit sont déjà couvertes.
« Par la collaboration avec les opérateurs, nous pouvons dire au client, « notre solution vous coûtera 5 euros par mois », ce qui lui paraîtra beaucoup plus lisible que « un a deux mégas sur un forfait data ». »
Est-ce que l’utilisateur a la possibilité de charger ses propres cartes ?
Oui sur certains téléphones, Symbian et Windows, cela limite l’utilisation de GPRS.
Les applications de solutions de géolocalisation en 3G se développent, verra-t-on un jour des solutions WF qui fonctionnent sans récepteur GPS, uniquement avec le réseau UMTS ?
Aujourd’hui nous ne savons le faire qu’avec le GPS, mais nous ne interdisons pas de développer d’autres solutions. Il y a beaucoup d’applications qui permettent de localiser quelqu’un dans un rayon de 1,5 km notamment pour les applications marketing, mais aujourd’hui le seul système opérationnel à nous donner un degré de précision suffisant, de l’ordre de 5 à 10 mètres. Un piéton a besoin d’encore plus de précisions par exemple.
Quelles sont les possibilités offertes par la synchronisation de votre solution avec les ressources de l’internet résidentiel ?
A travers WF, je peux télécharger mon carnet d’adresses Outlook vers le site mywayfinder.com et positionner automatiquement ces adresses dans « mes favoris ». Dans notre version 7 depuis mon carnet d’adresses je pourrai sélectionner une adresse pour faire apparaître directement le trajet vers celle-ci avec le téléphone.
Au delà d’Outlook, êtes vous compatibles avec les technologies de CRM ?
Nous travaillons beaucoup avec des SSII françaises, sur du BB notamment, pour développer des solution interactives de CRM qui seraient reliées par passerelles à notre système. Ce sont des solutions sur mesure. Coupler CRM et géolocalisation permet des perspectives extrêmement intéressantes. Avec mywayfinder.com, pour vous donner un exemple, une PME de plomberie qui doit intervenir pour une fuite pourra localiser le plombier en déplacement le plus proche du lieu du sinistre et lui dire de regarder son WF pour trouver l’adresse et l’itinéraire du client. C’est une solution que nous savons développer en sur mesure, et que nous allons bientôt lancer en version packagée, standardisée, en direction des PME. C’est une solution de géolocalisation des hommes, et non des véhicules. Le GPS transmet les coordonnées au téléphone qui les transmet au serveur.
Ce type de solution ne soulève t’il pas de questions juridiques ?
Ce sont surtout des questions d’acceptation sociale, donc je pense surtout à des professions libérales et aux PME. Si l’appareil rend un véritable service, les contraintes seront acceptées et l’appareil ne sera pas vu juste comme une « boîte noire ».
Quels autres services développez vous autour de votre technologie ?
Nous développons aussi un service avec des associations d’aveugles. Le GPS, avec sa fonction vocale, leur est très utile pour retrouver leur chemin facilement, et être plus autonomes. Nous avons maintenant atteint un degré de précision suffisant pour que notre solution GPS leur soit vraiment utile dans leurs déplacements à pieds.
Comment voyez vous l’avenir de la mobilité ?
Je pense que l’on n’est encore qu’au début d’une ère, et que beaucoup de choses restes possibles à réaliser, qu’on a encore du mal à imaginer. L’évolution technologique va encore plus vite que celle des attentes des consommateurs.
NDLR : Contacté après cet entretien au sujet du rapprochement entre Nokia et Gate5 pour équiper les prochains modèles de la marque finlandaise en logiciels de navigation, Armand Lefbvre nous a confirmé que cet accord ne viendrait pas remettre en cause ceux que Wayfinder a pu signer avec Nokia. "Gate5 est un système onboard, Wayfinder un système offboard." nous a-t-il précisé.
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