Blackberry Pearl : de l'utilité de l'écrin.
Par François C., vendredi 8 septembre 2006 à 12:24 :: Blackberry :: #82 :: rss
De deux choses l'une : soit je ne me suis pas véritablement remis du choc esthético-émotionnel dont parle Bertil, soit au contraire, c'est ma lucidité fulgurante (et ma très grande humilité) qui m'entraîne à ne pas vous en dire plus sur le PEARL - vous trouverez ailleurs les indispensables détails techniques, fidèlement reproduits des communiqués de presse. Car je suis persuadé que le plus important, dans le Pearl, c'est l'écrin.
Attention, il ne s'agit pas ici de dénigrer les extraordinaires qualités des Blackberrys, la formidable révolution que représente le "Push", et l'ergonomie remarquable de ces appareils, qui fait qu'ils restent probablement à l'heure actuelle les meilleurs des smartphones, car les plus aboutis. Il ne s'agit pas non plus de vouloir faire le "blasé" face au petit dernier de la gamme du constructeur canadien, dont les tests diront à l'usage s'il sait se montrer digne de sa prestigieuse famille.

Je m'explique : le Blackberry est plus qu'un smartphone, c'est un phénomène de société. L'une des composantes principales de son succès, c'est la symbolique dont il est chargé. Appareil statutaire par excellence, son austérité esthétique, ses fonctionnalités innovantes mais resserrées sur l'essentiel l'ont rendu indispensables dans tous les Conseils d'Administration dignes de ce nom.
Point d'appareil photo, risque de sécurité et gadget de prolo, victime d'une MMSisation de sa facture au niveau du dépassement de son forfait data. Le Blackberry est réservé aux entreprises, et fait assez ouvertemnt fi du Grand Public.
Pas non plus de multimedia - le Blackberry est l'apanage de ceux qui travaillent dur et doivent être joignable à tout moment : il sert avant tout à communiquer, c'est l'outil des hommes pressés, c'est un attribut du pouvoir, comme l'étaient les DS noires en leur temps
Même pas de publicité tapageuse, et finalement, l'immense succès qui a permis à RIM de s'emparer de plusieurs premières places dans les podiums des études de marchés est presque resté confidentiel.
Seulement voilà. On a fini par s'en rendre compte, du succès des horribles petits bidules noirs. Et de vouloir - pardonnez-moi ce très mauvais jeu de mot - putscher les rois du Push. La suite, vous la connaissez. Vous avez vu Microsoft aller d'annonce en Patch pour sortir une technologie concurrente. Vous avez dû subir la prolifération d'offres de systèmes de push mail propriétaires chez les opérateurs, non sans une certaine confusion.
Bref, aujourd'hui, la killer App de Blackberry est devenu un standard de marché, et ses concurrents lui courrent après.
Et le Pearl, dans tout ça ? Eh bien, c'est la réponse à cette situation dont Blackberry pressent bien qu'elle pourrait ne pas évoluer à son avantage. C'est une tentative de diversification, pour s'implanter dans le grand public. Ce n'est d'ailleurs pas la première : souvenez-vous de la série 7100 : lancée voici à peu près deux ans, elle était plus moderne, plus sympathique, elle ressemblait davantage à un téléphone "classique", et elle coïncidait, en France, avec le lancement d'offres Blackberry Web Client - qui permettait d'avoir un Blackberry comme son patron, sans avoir à faire les frais de serveurs d'entreprises.
La démarche est en elle-même tout à fait sensée. Seulement, il faut bien dire qu'elle n'avait rencontré jusqu'ici qu'un succès d'estime.
Le Blackberry Pearl - qui porte le matricule 8100-, c'est au fond la même idée dans la nouvelle gamme : un terminal qui adopte une ergonomie plus combiné que tablette, un clavier "SureType" de format réduit (20 touches, une sorte d'intermédiaire entre le T9 et le vrai mini Azerty de ses grands frères), et un vrai marketing grand public.

L'appareil peut-il se hisser au niveau de ses concurrents sur ce créneau ? Dur. Certes, il se commet à l'appareil photo, et adopte un port d'extension pour carte flash (on aurait peut être préféré un vrai standard SD au Micro SD, qui n'est pas encore très vastement implanté sur le marché). Les tests diront si on bénéficie désormais de profils bluetooth complets, et si l'offre logicielle peut soutenir la comparaison avec Symbian, Palm et Windows Mobile - la plateforme JAVA devrait bien y aider.
Mais ce qui pourrait être finalement le plus décisif, c'est le marketing très réussi de ce nouveau terminal. Si on n'a pas tout à fait rompu avec les matricules austères, on désigne l'appareil d'un nom élégant. On fait un mini-site très chic. Bref, pour mettre en valeur la perle, on fignole l'écrin. Assurer le succès n'ira toutefois pas sans mal, car d'autres constructeurs se sont réinvestis dans le créneau du téléphone classieux, haut de gamme, de l'élite. (notamment Samsung qui avait fait très fort avec le E500).
Le Pearl est donc "Small, smart and stylish"... faut il en dire beaucoup plus ? Oui ! Car RIM n'en fait pas assez, et c'est dommage. Equiper tous les cadres dynamiques et les plus grands patrons - c'est à dire toute l'aristocratie des temps modernes - et ne pas s'en vanter, c'est presque du gâchis. Il me semble au contraire que dans le rude marché des télécoms, la démocratisation réussie du Blackberry devrait passer par la proclamation urbi et orbi de son raffinement élitaire...
Comme le disait une mauvaise langue à propos du Théâtre National Populaire : appelez-le théâtre de l'aristocratie, et le peuple ira.
Commentaires
1. Le vendredi 8 septembre 2006 à 16:57, par Bertil
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