EH OUI BIEN VU ! L’Apple Newton a mis KO le Q1 de Samsung.
Comment est-ce possible, me direz-vous ? Comment un appareil développé voici 10 ans peut-il en remontrer au dernier cri de la technologie mobile ?



Tout d'abord, l’idée d’un progrès technologique continu est assez superficielle, et disons-le, assez fausse, ne serait-ce que dans le domaine informatique. Ce n’est pas la première fois qu’un appareil extrêmement performant est rejeté dans l’oubli, pendant que d’autres alternatives moins efficaces s’imposent.
Dans le cas du Newton, on peut mobiliser plusieurs explications : les modèles initiaux n’étaient pas sans défauts, le marché mobile en était encore à ses balbutiements, et l’appareil était principalement conçu pour fonctionner avec des plateformes Apple, ce qui le coupait de facto de 80 % du marché. On peut aussi dire, comme les mauvaises langues, que le nouveau Président d’Apple voulait tuer le projet fétiche de son prédécesseur, ou que le projet avait tout simplement couté beaucoup trop d’argent, mais ça n’a plus réellement d’importance.




Ce qui compte aujourd’hui, c’est que la gamme s’est maintenu pendant près de quatre ans, ce qui lui a permis de développer, en dépit d’un succès commercial contrasté, un aboutissement technologique certain, cela à partir de prémisses stratégiques prometteuses.



Je m’explique. L’appareil utilisé dans le test (un Message Pad 2000, pour les initiés) est un appareil de 1997, l’un des derniers modèles de Newton lancés par Apple. A ce stade de son développement, il a laissé derrière lui un certain nombre d'erreurs de jeunesse, et c’est un appareil parfaitement abouti (Qui a dit : « chant du cygne ? »), parfaitement fonctionnel, notamment dans trois domaines-clé : l’autonomie, la méthode de saisie, et la capacité de synchronisation.

Evidemment, en termes de connectivité, de puissance, et de compatibilité logicielle, le Newton semble loin derrière le Q1. Mais pas si loin qu’on pourrait l’imaginer, car la stratégie de développement du Newton était extrêmement avancée : en effet, l’offre logicielle est malgré tout très complète, les applications ont été optimisées pour les ressources systèmes du Newton, qui s’avèrent alors très suffisantes ; enfin, si on ne trouve évidemment pas en série les connexions que l’on peut attendre d’un appareil récent, l’appareil dispose de deux ports PCMCIA, qui permettent d’implémenter des extensions mémoires ou des connexions de dernière génération, au moyen d’une carte Wifi / UMTS par exemple.



In fine, il n’y a guère que l’écran du Q1 et ses capacités vidéos qui lui procurent une véritable supériorité sur le Newton. Mais comme le faisait très justement observer la rédaction de CNET, le Q1 n’est pas non plus un media player, son autonomie de deux heures et demie le disqualifie pour une telle utilisation.

C’est d’ailleurs bien là que le bât blesse le Q1.
A dire vrai, l’UMPC de Samsung se fait même assez sérieusement rosser par la trentaine d’heures d’autonomie du Newton. Certes, il bénéficie de Windows XP Tablet PC édition, dont les capacités en termes de mode de saisie sont prometteuses, et lui permettent de rivaliser avec l’excellent système de reconnaissance d’écriture du Newton. En revanche, ses dimensions trop encombrantes, son absence de capacité de synchronisation, et, surtout ! Son autonomie dérisoire, en font un appareil mobile particulièrement handicapé…

Face aux UMPC et autres Origami, le Newton n’est évidemment plus une alternative.
Apple semble hélas déterminé à continuer de décevoir la communauté subsistante des fans de ce produit… Mais enfin, il reste, ou tout au moins devrait rester une solide référence pour tous les fabricants de produits mobile. Car enfin, j’ai beau être sévère avec le Q1, le projet Origami est un projet formidable, et je suis intimement persuadé qu’un tel produit peut trouver son marché – à la condition toute fois qu’on ne le sabote pas en vendant des appareils bridés par des capacités manifestement insuffisantes.



Manifestement, les premiers constructeurs d’UMPC semblent avoir pris conscience de cette faiblesse initiale de leurs produits. Sony et Samsung ont ainsi développé des versions de leurs produits remplaçant les disques durs par de la mémoire flash, qui est notamment plus rapide et plus économe en énergie.

Il faudra cependant d’autres efforts avant de pouvoir partir pour la journée en laissant derrière soi son chargeur, ce qui me paraît devoir être la mesure minimale d’une autonomie acceptable. Souhaitons que les progrès réalisés dans le domaine des ultraportables (les Sony TX, par exemple) profitent aussi aux UMPC…

Plus ce type d’appareil deviendra mobile, plus la question d’un dispositif de synchronisation avec une unité fixe (qu’il s’agisse d’un serveur ou d’un PC de bureau) deviendra cruciale, car l’exposition aux risques est le propre des situations mobilité. Actuellement, le projet Origami ne semble pas tenir compte de ce facteur. Il est cependant vraisemblable que les utilisateurs devront s’appuyer sur des solutions de tierces parties dans un premier temps, avant que ce type de solution ne soit efficacement implémentée dans les OS eux-mêmes.



La question de l’OS mobile elle-même semble difficilement soluble dans l’univers Windows.
Le projet Origami prend le parti d’implémenter la version complète de l’OS sur l’appareil mobile. C’est d’ailleurs ce qui fait sa force, puisqu’il dispose de ce fait d’une compatibilité logicielle parfaite, à la différence des OS mobiles. L’inconvénient, c’est que Windows XP est assez loin d’être optimisé pour les systèmes mobiles. Il a certes été question a plusieurs reprises des merveilles que pourraient faire en la matière un futur « Vistagami » (http://www.clubic.com/actualite-35202-un-vistagami-pour-faire-mieux-que-l-origami.html) , mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Deux autres questions restent en suspens : le prix et l’ergonomie ; elles me semblent cependant engagées sous de meilleures auspices.

D’une part parce que les Q1 de Samsung se vendent déjà à 1200 €, ce qui reste cher, mais se rapproche du prix d’un smartphone haut de gamme pour un produit beaucoup plus étoffé, et reste bien en deçà du prix d’un bon Tablet PC. Bref, à part son autonomie insuffisante, un produit envisageable pour un étudiant encouragé par ses parents. D’autre part, l’ergonomie générale des appareils a toujours été un facteur de compétitivité. Ainsi, Sony fait déjà 200 grammes de moins que les Samsung (avec un écran moins important, certes.) Ce qui amène une autre remarque : rien n’interdit de penser que plusieurs format d’UMPC s’imposeront, puisque c’est déjà plus ou moins le cas, en pratique : Sony sur le créneau 4,5 pouces, Samsung sur le 7 pouces. Reste à voir si le public favorisera l’une ou l’autre de ces options.

En attendant que les constructeurs fabriquent les ori / vistagamis de nos rêves, je vous invite néanmoins à lire en entier l’article de CNET, et, pourquoi pas, à racheter un Newton d’occasion sur ebay ?

Sans plus attendre, lire l’article de CNET (en anglais) :

Sur le Newton, pour ceux qui ont raté les saisons 94 à 98 :