JIM BALSILLIE, "Chairman et Co-CEO" de Research In Motion - dont l'Assemblée Générale se tenait hier - a annoncé que le constructeur à la Mûre visait l'accroissement de sa part du marché grand public, et comptait pour cela intégrer "davantage d'outils médiatiques, tels que la photographie, la musique et la vidéo".

Sacrilège : gadget statutaire par excellence, téléphone de l'élite et organiseur des privilégiés, le Blackberry est réservé aux gens importants et sérieux, les banquiers, avocats et autres cadres distingués de grandes entreprises. C'est l'un des insignes du pouvoir, comme l'était le Palm V en son temps. Avec une nuance, cependant : le Blackberry était beaucoup plus élitiste. Pour s'équiper en blackberry, il fallait un serveur de messagerie, un serveur blackberry, et pas simplement des options téléphoniques. Il fallait une structure d'entreprise, tout simplement.

C'est pour ça que mine de rien, au fil des ans, marché européen après marché américain, RIM est devenu leader du marché des PDA, sans que personne ou presque n'en ait jamais entendu parler...

La popularisation du Push Mail, la concurrence de Microsoft ont comblé ce déficit de popularité. Et il y a maintenant deux ans, avec la sortie du Blackberry 7100, RIM clamait haut et fort son intention d'attaquer le marché du grand public. La mise en place du Blakcberry Internet Service, qui permet de rediriger des comptes mails personnels vers le terminal, permettait à chacun d'utiliser ces appareils, dont les qualités réelles d'ergonomie en faisait un excellent choix.

Mais d'une part, la synchronisation sans fil des contacts, de l'agenda, et des autres applications - qui sont tout autant que le push mail, des fonctionnalités révolutionnaires -restaient l'apanage des entreprises. Monsieur tout le monde ne pouvait donc disposer que d'un blackberry bridé.

D'autre part, comme Monsieur tout le monde ne dispose pas nécessairement d'un emploi du temps de ministre et d'une secrétaire pour l'optimiser derrière son dos, il lui arrivait de préférer des applications plus rigolotes et pratiques, comme un bon Appareil Photo Numérique, une radio FM, un lecteur de mp3, et tout ces petites amusettes parfaitement superflues mais dont on ne peut plus se passer ;).

Cette initiative de RIM, que l'on ne pourra que saluer, semble tout à fait cohérente avec l'objectif d'attaquer le marché grand public, qui est considérable. Bien sûr, certains esprit chagrins rappelleront que pour des raisons de sécurité, les appareils photos numériques ne sont pas les bienvenus dans les entreprises ; mais on peut imaginer que des modèles "spécial entreprise" resteront les gardiens de cette austérité fondatrice du succès du Blackberry. Toutefois, plusieurs questions se posent.

D'une part, l'OS Blackberry est en lui même assez austère, peut être trop pour conquérir les coeurs du grand public, surtout face à un window mobile de plus en plus polyvalent et ergonomique. Il y aura donc des efforts à faire, par exemple, l'intégration des photos dans les agendas ; surtout, il faudra innover, et proposer quelque chose en plus, une "killer App" grand public (si personne n'a d'idée, pourquoi pas celle de Jaiku.com ?), si RIM ne veut pas que ses appareils ne soient qu'un autre modèle de smartphone.

D'autre part, côté entreprise, la démocratisation du Blackberry entrainera une dé-élitisation de son image de marque. Pour un appareil qui a gagné ses places de marché sur les terrains de golf, n'est-ce pas là un véritable risque ?