PENETRER le marché chinois n'est pas chose facile... Les Canadiens de RIM ont eu tout le temps de l'apprendre lors des négociations nécessaires pour introduire leur blackberry dans le marché mobile le plus dynamique du moment, négociations qui ont duré plus d'un an.

Elles ont finalement été couronnées de succès le mercredi 12 avril, avec l'annonce d'un déploiement du service BlackBerry sur le réseau de l'opérateur China Mobile dans les deux mois à venir.

La société canadienne accueille avec d'autant plus de soulagement cette nouvelle qu'elle devra payer près de 612 millions de dollars au fabricant californien de logiciels NTP, selon les termes d'un accord à l'amiable mettant fin à des années de procédures judiciaires, intentées par ce dernier pour détournement de propriété intellectuelle.

Mais les soucis ne s'arrêtent sans doute pas là, car avoir accès au marché chinois ne signifie pas s'implanter. Pour preuve, la concurrence d'un PDA communiquant clone sur le marché chinois, le RedBerry, déjà supporté par le réseau "concurrent" China Unicom - dont l'Etat est comme pour China Mobile l'actionnaire principal -, qui possède déjà une bonne longueur d'avance.

Ce défi est symptômatique des particularités du marché chinois : des deux opérateurs cités, China Mobile est traditionnellement l'opérateur civil, China Unicom une émanation de l'armée, ainsi, le premier avait adopté la norme GSM et le second la norme CDMA, ce qui n'a pas aidé à y voir clair pour les nouveaux arrivants. Autres exemple de la sensibilité des autorités sur les questions de technologies portables, elles n'ont toujours pas autorisé le déploiement des normes WIFI, préférant tenter de mettre en place leur propre norme, pour des raisons tant de sécurité intérieure que de protectionnisme économique. La guerre des réseaux s'accompagnant d'une guerre des technologies propriétaires, on peut se demander si BlackBerry réussira à dominer le marché chinois, surtout si le système concurrent RedBerry fonctionne sur une plateforme qui ne permet pas l'intercommunicabilité...
Enfin, on rappellera que pour avoir du succès auprès du consommateur chinois, BlackBerry se doit de travailler avec beaucoup de soin sur la question de l'input method, car on ne tape pas des idéogrammes comme on tape des caractères latins. Et Blackberry, qui se gausse pourtant de ses ambitions en Asie, est TRES, TRES en retard à ce niveau là, ce qui a même causé son échec total au Japon.

En attendant de pouvoir faire un bilan sur sa tentative, nous souhaitons bien du courage à la société de la Belle Province.