... celle qui ne cache pas la vacuité sans fond de ses créations par communiqués de presse bidon en espérant qu’à force de harcèlement les journalistes qui n’y connaissent rien finiront par céder.
Chadi Abou Karam et sa société Qualia systèmes fait des applications dont parfois la presse parle, parce qu’elles sont vraiment utiles. Mais surtout, dans un marché ultra fragmenté à faibles marges, toutes ses applications sont profitables. De plus, Chadi Abou Karam n’est pas un geek autodidacte de la 25e heure. Voire peut-être pas un geek tout court. Ce qui rend cet entretien avec Mobimania d’autant plus agréable, et instructif.
Chadi Abou Karam, pouvez-vous vous présenter ainsi que votre parcours ?
Chadi Abou Karam ; associé et gérant de la société Qualia Systèmes.
Qualia Systèmes est prestataire de développement d’applications mobiles (iPhone, iPad et depuis peu Android) et d’applications web (du type intranet complexes, CRM, ERP, …).
Qualia Systèmes est également éditeur de ses propres logiciels :
Masterview Print et RH sont des progiciels de type CRM/ERP online.
iDolphin est un logiciel paramétrable permettant la création d’applications iPhone connectables à des CMS de type wordpress, permettant la publication de flux de news, d’articles de catalogues, de vidéos, de quiz, …
iCameleon est une application de publication de magazines sur iPad adaptée aux éditeurs de presse.
Pour l’histoire, Qualia Systèmes a été fondée en 2002. L’entreprise avait jusqu'à 2009 une activité mixte de prestataire et d’éditeur de logiciels web (80% / 20%) et en 2009 nous avons décidé de rentrer sur le marché de la prestation de développement pour mobiles (iPhone).
Pour finir de me présenter, je suis franco-libanais, né au Liban, j’ai obtenu mon baccalauréat à Beyrouth, et suis ingénieur de l’Ecole Centrale de Paris (1999), spécialiste des mathématiques appliquées. Avant la création de Qualia Sytèmes, j'étais salarié du groupe CA/LCL où j'ai exercé tour à tour le métier de gestionnaire de fonds puis d'auditeur à l'inspection générale du LCL.
Si en moyenne une application honnête coûte 6 mois de développement, donc environ 50 000 EUR, et si la moyenne de téléchargements est de 1 500 unités par mois et que le prix moyen d'une application est de 2 $ (donc 1.5$ pour l'éditeur), alors le calcul de délai de retour sur investissement donne 2 ans. Mais la réalité, est bien plus dure pour un éditeur français
Pourquoi avoir choisi de lancer une activité de développement iphone, au moment où vous l'avez lancée ?
Je ne dirais pas que nous avions vu dès 2008 le succès qu'aurait l'app Store, mais nous percevions une excitation un buzz croissant qui indiquaient l'arrivée de quelque chose d'important.
Nous avions vu arriver la vague web et y avions pris part avec un petit retard; nous avions donc clairement envie de la vague du mobile dès sa naissance.
Par ailleurs, le marché du développement sur mesure en PHP était arrivé, et est toujours dans un état de saturation qui tirait vers le bas le tarif des prestations.
Le développement pour iPhone, nous a semblé présenter des barrières à l'entrée dont nous pouvions bénéficier étant donné le profil ingénierie/développement de notre société.
Et pour terminer, la mobilité s'inscrivait bien dans la philosophie générale de nos prestations. En effet, les web-ERP/CRM ont pour objectif de faciliter la mobilité, la collaboration à distance, ce sont les ancêtres de la mode du cloud (ASP, rebaptisé SAS, et maintenant Cloud). Or on le constate clairement aujourd'hui, encore une fois grâce à la démarche pionnière et au marketing puissant d'Apple, que les deux sujets sont directement liés. Il s'agit de centraliser la donnée sur des serveurs distants (les clouds) et d'y accéder de manière symétrique à partir du device le plus adapté (mobile, tablette, laptop ou bien desktop).
Quelles ont été les principales évolutions du marché depuis le début de votre activité ?
La question en soi est plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord.
Il peut s'agir de deux marchés : le marché de l'application mobile et le marché de la prestation de développement.
Le marché de l'application mobile elle même avec pour vendeur le tandem [ Application Store/ Editeur de l'application ] et pour acheteur le End User du mobile a été extrêmement dynamique dès le démarrage dans le cas de l'apple Store. Il y a eu depuis le démarrage une soumission mensuelle de quelque 15 000 apps par mois. Actuellement, la soumission se poursuit à un rythme d'environ 18 000 apps.
Il semblerait que l'édition pour la vente sur app store d'une application iPhone est rarement une affaire rentable : si en moyenne une application honnête coûte 6 mois de développement, donc environ 50 000 EUR, et si la moyenne de téléchargements est de 1500 unités par mois et que le prix moyen d'une application est de 2 $ (donc 1.5$ pour l'éditeur), alors le calcul de délai de retour sur investissement donne 2 ans. Mais la réalité, est - comme pour les revenus publicitaires du web - bien plus dure pour un éditeur français (entendre l'éditeur d'une application en langue française qui réside en France), car son audience est plus restreinte (dix fois environs ?) et la part prélevée par Apple sur l'app Store français est plus importante. Sachant qu'une application a besoin de maintenance, ne serait-ce que pour suivre l'évolution des OS, on voit bien que la majorité des apps françaises ne remboursent jamais leur investissement.
Toutefois, il est important de noter que la rentabilité par la vente n'est pas un objectif systématique de l'édition d'une application iPhone. En témoignent, notamment, les applications gratuites.
Les entreprises, en effet, éditent souvent une application, dans le but de promouvoir leur image, leurs services ou de fournir à leurs client un outil/service complémentaire.
Qualia Systèmes n'a pas encore tenter de développer pour son compte une application iPhone dans le but de la rentabiliser par sa vente sur l'app Store.
En 2009 et 2010, on pouvait annoncer nos services sur adWords et figurer dans la première page des résultats pour un cout par clic allant de 30 à 50 centimes ; de nos jours il faut monter à 3 euros !
Le marché de la prestation a lui beaucoup évolué depuis juillet 2008 (date de démarrage de l'app Store).
La popularité croissante de l'iphone, des applications pour iphone est une de ces evolutions. En 2011, la différence du temps passé sur internet PC et l'internet mobile aurait basculé à l'avantage de l'internet mobile. De pionnier, voire gadget, le choix de l'édition d'une application iPhone est presque devenu un must pour les entreprises à égalité avec l'édition et la maintenance d'un site web. Cette tendance, je pense est là pour durer. Elle ramènera du récurrent aux prestataires de la même façon que le développement des sites webs et des applications web de tout genre ont amené du récurrent aux agences durant presque deux décennies maintenant.
La diffusion du savoir-faire de création des applications pour mobiles est aussi un facteur important.
Le nombre d'agences proposant le développement d'applications mobiles est en croissance continue. En 2009 et 2010, on pouvait annoncer nos services sur adWords et figurer dans la première page des résultats pour un cout par clic allant de 30 à 50 centimes ; de nos jours il faut monter à 3 euros au clic pour figurer en première page !
Comment expliquer cette inflation ?
D'un côté le marché semble dynamique et donc attractif. D'un autre côté, la capacité à produire a été acquise par les agences soit par l'établissement de partenariats avec des SSII qui font le développement, soit par l'acquisition d'outils et de frameworks qui ont rendu le développement d'applications mobiles accessible à des non-informaticiens (typiquement les intégrateurs web qui dans les agences faisaient aussi quelques développements en PHP), soit par le recrutement de compétences (développeurs objective-c et java) pour les agences suffisamment importantes.
Les supports ont également fait évoluer le marché…
Oui. L'introduction de l'iPad a modifié (ou plutôt accru) la demande sur le développement d'applications. Notamment, dans notre cas, par l'apparition très naturelle des applications de publication de magazines sur iPad.
Et finalement, la montée en puissance des téléphones embarquant Androïd, a créé la demande d'applications pour Androïd. Il est également à noter que les demandes multisupports sont venues se rajouter à celles mentionnées précédemment. Certains clients posent comme condition préliminaire la capacité du prestataire à créer l'application en projet aussi bien pour iPhone, iPad que Androïd.
Les outils aussi ont évolué. L'outil de référence pour le développement d'applications pour iPad et iPhone est bien sûr XCode et la SDK du iOS (mise à disposition de la communauté des développeurs enregistrés auprès d'Apple par Cupertino). L'outil de référence pour le développement d'applications pour Androïd, est Eclipse couplé à la SDK Androïd. Le développement sous l'une comme sur l'autre nécessite une connaissance des langages objets dont la maîtrise est l'apanage d'informaticiens purs et durs. Toutefois, en parallèle ou bien en concurrence des ces outils-là, plusieurs éditeurs ont tenté de construire des instruments dont l'objectif est double : rendre le développement pour mobiles plus accessible à des développeurs WEB, ou même aux développeurs en Flash et permettre le développement cross-plateform (cad développer une fois une application et pouvoir la déployer aussi bien sur iPhone, que Androïd (et même dans certains cas windows mobile).
Quelles applications ont fait votre réputation ?
La première application que je vais mentionner est un véritable bijou technologique. Mais elle a été notée par la presse pour son coté insolite. C'est la boutique en ligne du site leroidelacapote.com. Cette application embarque une technologie maison, la heatmap, unique à ce jour dans le monde mobile, qui permet de colorier selon la densité des utilisateurs la cartes google maps. Nous sommes extrêment fiers de cette technologie, véritable prouesse technique, même si nous n'avons pas encore réussi à la commercialiser, comme nous pensions le faire, en tant que module intégrable dans des applications tierces.
La deuxième application dont nous attendons beaucoup est notre framework de publication de magazines sur iPad iCameleon.
Aujourd'hui, tout le monde ou presque prétend développer des applications iphone, des agences web aux spécialistes de la relation client - est-ce une mauvaise nouvelle pour des spécialistes comme Qualia ?
La réponse est simple : ça va dépendre de notre capacité à nous positionner en tant que sous-traitant de tous ces nouveaux "offreurs" de développement d'applications iPhone. Car, il est indéniable que la concurrence pour obtenir les contrats avec les clients finaux devient de plus en plus rude.
Nous espérons, par ailleurs, que la multiplication des acteurs ne conduira pas à un effondrement général des prix. Sachant que ceux là ne présentent déjà pas de marges élevées.
Le développement de "convertisseurs" permettant à des fichiers flash simples (des plublicités principalement) d'être lus sur le html 5 est-il une menace pour votre activité, et le business model de Jobs avec les iAds, ou va-t-elle dans le bon sens avec l'apparition d'un standard multiplateformes simple, web-based ?
Il faut reconnaître que Steve Jobs a tenté de protéger aussi longtemps que possible la communauté des développeurs "sérieux" contre l'arrivée de ces outils cross-plateformes qui permettent à presque n'importe quelle agence d'afficher une capacité à créer une application pour iPhone.
L'arrivée du cross plateforme génèrera une moisson d'applications de piètre qualité.
Je pense personnellement, que l'idée derrière la position de Jobs était de retarder aussi longtemps que possible le phénomène de la lemon market. Sur un marché où l'acheteur n'est pas à même de juger de la qualité du produit au niveau d'un nombre de caractéristiques "cachées", la pression du marché finit par obliger tous les prestataires à fournir des produits de qualité minimale quand à ces caractéristiques cachées.
Il est probable que l'arrivée du cross plateforme génère une moisson d'applications de piètre qualité. Car les agences préfèreront orienter leurs clients vers des ventes plus faciles (moins cher et multiplateforme) et surlesquelles elles pourraient assurer elles-même la production.
Le développement d'applications web-based sur le html 5, a notamment été choisi par certaines grandes publications comme le Financial Times récemment, pour éviter une distribution des revenus publicitaires qu'elles dénoncent trop favorables à Apple. Pensez-vous que de tells comportements peuvent faire boule de neige ?
Oui le FT a créé la surprise en optant pour une application web based plutôt qu'une application téléchargeable sur l'app Store. La raison que vous mentionnez (partage des revenus de vente des titres favorable à Apple) fait effectivement parties des causes ayant motivé la décision. Mais le FT déplore surtout la perte de la maîtrise des fichiers clients. Or cette connaissance du client est fondamentale pour les éditeurs de presse dont les revenus publicitaires constituent la partie la plus importante du total des revenus.
Apple aurait dû se montrer beaucoup moins gourmand concernant les éditeurs de presse et surtout préserver l'accès des éditeurs à leurs bases de lecteurs
D'un autre côté, force est d'admettre qu'une application de lecture de presse qui dépend de la connexion au réseau est d'une convivialité et d'une utilité assez inférieures à celles d'une application fonctionnant également en mode déconnecté. En effet, la lecture d'un magazine devrait pouvoir se faire dans les transports, dans des milieux isolés, etc ... Autrement, l'analogie avec le magazine papier se trouve fortement amoindrie.
Nous pensons qu'Apple aurait dû se montrer beaucoup moins gourmand concernant les éditeurs de presse et surtout préserver l'accès des éditeurs à leurs bases de lecteurs. Il faudra suivre de très près la nouvelle application NewsStand, qui fera partie de l'os 5 (disponible en septembre) Cette application a pour but de rassembler dans une application l'ensemble des éditeurs et de leur titres et de permettre le téléchargement des nouveaux numéros, dès leur parution, et en tâche de fond.
Quelles sont les autres dispositions des conditions générales imposées aux développeurs par Apple qui posent problème aux professionnels comme vous ?
Avant la publication du document "App Store Review Guidelines", nous avions eu des problèmes pour faire accepter certaines applications, notamment parceque les règles étaient floues, non écrites et que la décision d'accepter ou de rejeter une application, dépendait par conséquent de la personne du reviewer. Avec l'émission du document cette situation s'est notamment améliorée.
Toutefois, ce document a banni clairement l'application de marketing pur ; cad l'application dont le seul objectif est de commercialiser un produit ou de promouvoir une image de marque. Apple exige, en effet, que les applications publiées sur l'app store présentent un intérêt éducatif, ludique, informatif durable aux usager. Exeunt donc, en théorie, les applications purement publicitaires, les applications à buzz (type iFart). Ceci étant dit, nous pensons que, de toute manière, la réalisation de ce genre d'applications auraient été de moins en moins confiées aux spécialistes du développement ...
Pouvez-vous nous citer quelques exemples d'applications iPad qui ne se résument pas à l'adaptation d'applications iPhone pour un écran plus grand ?
L'usage type de l'ipad est la « consommation » de l'information. L'exemple type est pour moi donc l'application de lecture de magazines ou de livres.
Ceci étant, même si l'ipad n'est pas typiquement un outil adapté à la 'production' de documents. Il faut reconnaître que la suite iWork (édition de textes et de tableurs), par exemple, à la rigueur utilisable sur iPad est complètement hors sujet sur un iPhone.
On peut d'ailleurs tourner la question de manière un peu différente. On pourrait se demander quelles sont les applications pour Desktop qui ne peuvent pas être adaptées sur iPad, si tant est qu'il y en ait ; et quelles sont les applications pour iPad qui ne peuvent pas être adaptées pour un écran de taille mobile.
Quel est selon vous l'avenir du marché de développement des applications pour smartphones (toutes plateformes) ?
A mon avis le marché du développement d'applicatons pour smartphone ne sera pas une mode passagère. Ceci semble, maintenant, quasiment acquis alors que la question de la durabilité de se marché était clairement légitime il y a encore un an.
Par ailleurs, je pense qu'en toute logique, (à quel terme je ne saurais dire) les fabriquant finiront par adpoter un modèle de machine virtuelle standard (un peu dans l'esprit de la machine virtuelle de java) qui permettra le développement d'applications performantes sur un modèle de déploiement cross-plateforme.
Une question importante qu'il convient de se poser et dont dépendra la manière dont le marché va se structurer est la suivante :
Dans le monde du desktop, le développement d'applications web (notamment des sites internet) s'est clairement démocratisé et généralisé. Par contre, le développement des applications exécutables est resté l'apanage des éditeurs de logiciels de métier.
En transposant cette observation au monde du mobile, ne devrait on pas assister au même phénomène ? Ne va-t-on pas voir les entreprises dont le métier n'est pas l'édition de logiciels se contenter de créer des web apps ? Et qu'est ce qui déclenchera cette convergence ?
Mon intuition me dit que tant que les bandes passantes resteront faibles et instables, les applications mobiles natives garderont une supériorité qualitative nette sur les web-applications mobiles.
Par ailleurs, la question du fonctionnement hors connexion se posera toujours pour un smartphone et ne se pose évidemment jamais ou peu pour un desktop. Logiquement, les entreprises doivent continuer à s'intéresser à ces moments hors connexions qui typiquement (transport et autres) sont aussi des moments où leur public dispose le plus de temps pour naviguer sur un smartPhone.
